Filer
Série vidéos, 2013 – 2023
Dérouler un fil dans le paysage. Se fondre dans le paysage, disparaître à l’horizon. Les vidéos Filer sont un ensemble de traversées de lieux voués à être prochainement transformés. Ce sont des tiers lieux mystérieux, des groupes y vont et viennent, parfois sans se croiser. Ces territoires appartenant à la fois fois à tous et à personne m’intéressent. Doivent-il appartenir à quelqu’un de toute façon ? En créant une frontière éphémère, j’arpente le territoire n’ayant pas d’autres quêtes que d’avancer et d’observer le paysage.
Une fois la caméra posée, un.e assistant.e tient le bout d’un fil et je pars avec le reste de la bobine. Le fil doit être résistant à cause du vent, de potentiels obstacles et la distance grandissante. La tension créé s’ajoute à l’attente de la disparition. Ces actes performatifs me permettent d’expérimenter la mesure d’un paysage qu’on ne peux pas forcément mesurer et qui ne sera bientôt plus accessible. Le fil n’a pas pour but de guider mais de se perdre en sachant que l’on pourra revenir, la seule attente c’est le temps que cela prendra de disparaître.

Portugal, région Nord non loin de Porto.
Dans cette ville de banlieue, sur une butte déjà entourée de palissades, se dressent deux vielles constructions : Un lavoir en béton qui ressemble à un petit château ainsi qu’un abri tel une grotte qui a dû être le théâtre de conversations de lavandières à l’ombre. Des murs du même style architectural syncrétique que le lavoir entourent une partie du terrain comme des murs d’enceintes, les douves sont les routes modernes qui contournent la zone.
Des tas de gravats, du sable et une grue à terre présage de sa future destruction.
C’est un lieu à la fois paisible et étrange, un souvenir d’enfance que l’on a bien voulu partagé avec moi.
La traversée a été courte mais beaucoup de ronces ont ralenti mon passage. Les herbes hautes cachent les reliquats d’époques différentes qui jonchent le terrain à l’abandon. Dernièrement, des boîtes de feux d’artifices se sont ajoutés au récit du sol.

Liban, région de la Bekaa.
Pour ce quatrième déroulement de fil, le terrain accidenté mêle restes d’animaux et détritus. La journée, il ne s’y passe rien, c’est un espace désert que j’ai souvent observé au loin, depuis ma fenêtre. C’est un flan de montagne où rien ne pousse. Certains soir, des bergers s’y retrouvent pour manger ensemble ce qui explique les carcasses d’animaux.
Les quelques maisons autour ont l’air inoccupées. Mais c’est un terrain hautement surveillé en réalité, il sert probablement à des milices armées. Je ne suis pas surprise, je voyais des lumières s’y promener la nuit parfois.
Il est pourtant tôt, je filme à 10 heures du matin mais j’ai été repérée. Après quelques discussions et interactions, j’ai pu finir de dérouler innocemment ma bobine de fil.


